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dimanche 19 mars 2017

Chick Corea & Stanley Clarke Master class


Il y a quelques temps, j’ai regardé cette vidéo assez intéressante de Chick Corea et de Stanley Clarke.
Deux grands musiciens qui reviennent sur leur passé musical commun, notamment leur collaboration dans le groupe «  Return To Forever ». Ils répondent également à certaines questions de fans sur leur pratique instrumentale, leur approche de l’improvisation et du jazz, le tout entrecoupé de morceaux joués en direct face à un public restreint mais attentif.






D’une façon générale, j’aime bien regarder ce genre de vidéo, car on en apprend toujours un peu plus sur les musiciens, leur histoire, les anecdotes sur les morceaux, etc... Et puis, en tant que fan de Corea, le voir jouer me suffit déjà amplement.
Mais d’un autre côté, j’ai trouvé dommage que ces grands musiciens ne donnent finalement pas beaucoup de clés de compréhension de leur langage. Ils abordent volontiers les questions générales (et primordiales bien sûr ) de l’improvisation, de l’importance de la forme, de l’écoute entre musiciens, etc...mais n’analysent que rarement ( ce qui est compréhensible vu le format de l’intervention ) l’essence même de leurs phrases musicales, leurs systèmes harmoniques, ou bien même leurs « plans » . 

J’ai donc relevé quelques passages que joue Corea, pour comprendre d’un peu plus prés ce qu’il se passe exactement.
Je met les extraits dans l’ordre chronologique de la vidéo, ce qui vous permet de la suivre en même temps si vous le souhaitez.


La vidéo commence par une version de Sometime Ago. Une des caractéristiques du jeu de Corea est l’utilisation de l’intervalle de quarte, que ce soit dans ses improvisations, mais surtout dans la construction de ses accords. Ici, il fait sonner le thème d’une très jolie façon en l’harmonisant en accords de quartes parallèles.

















Ensuite, la master class continue autour d’un grand standard de Miles, All Blues.

Et là, ça devient vraiment intéressant, car je trouve ici les exemples à mon propos de tout à l’heure:
Corea et Clarke explique rapidement la grille harmonique du morceau. En l’occurence, G7 pour le premier accord, puis Gmin7.
Corea joue ensuite quelques phrases sur G7 en questions-réponses avec Clarke.
Et les phrases « sonnent » , parce que Corea joue un langage structuré, acquis depuis de nombreuses années, ancré dans une certaine tradition, perfectionné sous ses doigts, avec le son de piano qui fait de lui un grand maître du jazz.
Il ne se contente pas de jouer les notes de la gamme de G7. Voilà ici, souvent je trouve, toute la difficulté pour l’élève à comprendre l’essence même du jazz. Evidemment, il n’y a pas que Corea, et l’idée n’est pas de devenir un perroquet. Chaque grand pianiste a son propre son et sa façon de sonner sur l'instrument. Mais on ne peut dissocier le jazz d’une certaine forme de culture, qui demande un apprentissage laborieux et conséquent, au plus prés des musiciens.

Ci-dessous, on voit bien la structure interne de la phrase avec l’utilisation des triades mineures et une certaine symétrie dans la construction de la phrase. Voilà une façon intéressante de travailler une gamme de dominante, plus proche du son du jazz d’une façon générale.













Egalement sur Gmin7, on retrouve une façon particulière de faire sonner la gamme avec l’utilisation des triolets (en tous cas un motif de trois notes) et de l’intervalle de quarte:












Ci-dessous, la cadence de fin de All Blues (remarquez les judicieux chromatismes) :

















Un peu plus loin, Corea propose un solo en sortant un peu de l’harmonie conventionnelle. On retrouve des éléments structurants de son langage (quartes, penta, arpèges d’accords à 4 notes, chromatismes, etc...) :









































Corea montre ensuite une certaine approche « free » de l’improvisation. Mais encore une fois, en relevant la phrase, je remarque la construction sous-jacente à son exemple :




















Je finis avec quelques exemples encore de structure de langage.

Corea utilise beaucoup de gamme pentatonique. Ici sur Bmin, pentatonique et triade de A :












A la fin de la master class, Corea invite sa femme à chanter sur un grand classique de sa composition.
Si l’on fait abstraction du chant, on remarque quand même un remarquable accompagnement de Corea. Son solo l’est également, notamment au niveau des idées mélodiques. Les musiciens de talent ont cette capacité à prendre une idée de départ et la développer jusqu’à un certain point, en temps réel :




























Pour conclure, je dirai que seul un travail de fond (relevés, analyses) permet finalement de comprendre un peu mieux de quoi parle des maîtres comme Corea ou d'autres. Corea dit lui-même vers le début de la vidéo qu’il relève toujours de grands pianistes de jazz !

Ci-dessous, le .pdf entier :




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